L’Aquila, traumatisée et paralysée

Les mois passent et la situation ne change pas à l’Aquila. Dans le chef lieu des Abruzzes, la vie s’est arrêtée le 6 avril 2009 à 3h32. Un séisme de 6,3 sur l’échelle de Richter a fait 308 morts et plus de 1600 blessés. 4 ans après, le centre ville de l’Aquila est toujours en ruines, les travaux de reconstruction trainent.

Reportage diffusé sur RFI dans l’émission Accents d’Europe le 31 octobre 2012. Toujours d’actualité.

 

Le dossier multimédia publié ensuite sur le site de Partout Ailleurs, émission présentée par Eric Valmir sur France Inter a donné lieu à de nombreuses réactions sur Twitter. De nombreux followers français et italiens s’étonnaient de voir les cicatrices toujours béantes du séisme de 2009.

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L’Aquila, ville fantôme, trois ans après le séisme 

Se promener dans les rues de l’Aquila donne un peu la sensation de déambuler entre les tombes d’un cimetière. Dans le centre ville, le silence de plomb n’est rompu que par le moteur d’une jeep de militaires, ou par les aboiements d’un chien errant. Le moindre bruit résonne dans les rues de la ville abandonnée.

« Tu sens la poussière ? C’est une odeur qui nous donne la nausée » chuchote Andrea. Il a vécu toute son enfance ici, fait son lycée, puis fréquenté l’université avant de partir travailler à Rome. « Quand je me promène aujourd’hui dans les rues de l’Aquila, j’ai des flashes de la vie d’avant » raconte t il. « Tu vois là ce bar, c’était là où on se retrouvait à la sortie des cours. Je me rappelle de cette amie, elle portait des jupes longues, je la croisais toujours ici, sur cette place. Elle est morte dans le tremblement de terre ». « Une autre amie, elle, venait tout juste de s’acheter un appartement dans cette rue ». Il indique un immeuble vide, parmi tant d’autres. La ville est déserte.

La plupart des immeubles sont encore sur pied. La façade de la basilique de Collemaggio, par exemple, est restée intacte. Mais il faut s’approcher, pénétrer dans l’édifice pour constater les blessures. La coupole s’est effondrée. Un toit en plastique, posé sur des échafaudages montés à la hâte a recouvert le trou béant. La structure bouge, elle grince. « On n’entend plus que ça ici, le vent qui souffle dans les échafaudages ». Les bancs de l’église ont été remplacés par des chaises de jardin, « aujourd’hui c’est le camping partout» remarque notre guide. Un mot qui fait écho à ceux choisis par le président du Conseil de l’époque, Silvio Berlusconi. Il avait demandé aux « terremotati », les survivants du tremblement de terre, de prendre leur mal en patience, assurant que dormir dans les tentes de la protection civile, c’était un peu « comme passer une nuit au camping ».

C’est à Via Campo di Fossa, dans la « zona rossa » que l’atmosphère est sans doute la plus lugubre. Le quartier a été construit sur des grottes, envers et contre toutes les normes antisismiques. Les immeubles n’ont pas résisté à la secousse de 6.3 sur l’échelle de Richter. Le 6 avril 2009, à 3h32, ici, la vie s’est arrêtée. Du linge sèche à une fenêtre depuis plus de trois ans. Les murs éventrés laissent entrevoir des restes de vie. Un peignoir pendu à un crochet dans une salle de bains. Des chaussons. Un emploi du temps collé à la porte d’une armoire. « Si personne n’est venu chercher les affaires c’est qu’ils sont tous morts » explique un passant. Au moindre bruit on sursaute, on prend un parcmètre pour une silhouette humaine. « On dit qu’il y a des fantômes à l’Aquila », soupire Andrea en levant les yeux vers une fenêtre ouverte sur le néant.

Quelques rares commerces ont rouvert dans le centre, les habitants veulent croire que la vie reprendra bientôt. « Il faudra dix ans, sans doute plus, parce que le gouvernement Berlusconi a décidé de tout miser sur la construction, en dehors de la ville, pour reloger les gens, en dépit de la reconstruction de ce qui existait déjà». Les sans-abri ont été relogés dans des maisons construites à la hâte, surnommées les « Berluscase ». Mais dans les zones en partie détruites, tout reste en l’état. Personne ne sait ce que l’Aquila va devenir. Tout le monde attend.

Le soir du verdict contre les scientifiques de la commission Grands Risques, dans la tente du ministère de l’intérieur montée sur piazza Duomo – lieu de réunion et d’information sur la « reconstruction » – des dizaines de personnes se serraient la main, s’embrassaient. Un vieille homme affichait un sourire crispé sur son visage buriné. Une mère de famille laissait échapper des larmes de surprise.

Enfin, la souffrance des habitants de l’Aquila avait été entendue ; enfin, l’Etat s’intéressait à leur sort, après les avoir abandonnés pendant plus de trois ans. C’est du moins ce qu’ils ont voulu croire, le temps d’un instant.

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