De Tripoli à Lampedusa, de Bari à Hambourg

Barcone di migranti nel porto di Lampedusa

Fin mai, Berlin a accusé l’Italie d’avoir donné 500 euros à des migrants pour qu’ils se rendent en Allemagne. Le ministère de l’intérieur allemand s’est fendu d’un communiqué, repris par la presse sous des gros titres qui faisaient très peur. Par exemple sur le site du quotidien allemand Bild ou celui du quotidien italien la Repubblica. Mais l’incident diplomatique redouté n’a pas eu lieu. Peu de journalistes sont allés vérifier l’information, Rome n’a pas répondu aux accusations de Berlin. Quelques jours plus tard, tout était oublié.

En réalité, en février, l’Italie a décrété la fin du plan d’urgence mis en place pour accueillir les réfugiés de la guerre en Libye arrivés par milliers à Lampedusa au printemps 2011. Afin de pouvoir fermer les centres d’accueil temporaires, Rome a finalement donné des permis de séjour humanitaires aux migrants et entre 400 et 500 euros « d’argent de poche » à chacun pour qu’il se débrouille seul. Le permis de séjour humanitaire permet de voyager dans l’espace Schengen mais pas de travailler ailleurs qu’en Italie. Sauf que dans une Italie en crise, les usines ferment et le taux de chômage ne cesse d’augmenter, alors une partie des réfugiés de Libye a fait le même choix que de plus en plus d’italiens ces derniers temps : aller tenter leur chance ailleurs, plus au nord.

L’émission Accents d’Europe est allée enquêter en Allemagne et en Italie. Dossier diffusé le 17 juin 2013 sur RFI, émission présentée par Laurent Berthault

Dans l’interview Christopher Hein ajoutait :

« On ne doit pas oublier qu’en Allemagne on prépare les élections politiques au mois de septembre, donc c’est aussi un thème de la campagne électorale et il y a une certaine nervosité sur ce point en Allemagne en ce moment. Mais vous savez, en France ça a été un peu la même chose avec les tunisiens qui sont arrivés à Vintimille en 2011. On fait face au meme type de réactions un peu hystériques des autres pays, très loin d’une solidarité intra européenne pour affronter ensemble une crise comme celle de 2011 en Afrique du nord »

AntischiaviTour, le re-Tour

Puisque la situation ne change pas au fil des saisons, Sandro Joyeux repart avec sa guitare sur le dos, en tournée contre « l’esclavage moderne » des africains dans les exploitations agricoles d’Italie.

Première étape le 23 juin à Saluzzo, dans le Piémont, où de nouveau des centaines de migrants africains ont afflué pour les travaux agricoles et sont contraints de dormir dehors faute de mieux. Comme l’an dernier Sandro Joyeux ira « redonner un peu d’Afrique aux africains » émigrés en Italie.

Deuxième étape le 29 juin à Castel Voturno, en Campanie, non loin de Caserte, où la nuit du 18 septembre 2008, six immigrés africains – trois ghanéens, deux togolais et un libérien- ont été abattus par les hommes de main de la Camorra. Victimes innocentes du mal qui ronge l’Italie : l’enquete a démontré qu’ils n’avaient aucun lien avec la criminalité organisée.

Ce reportage sur l’Antischiavitour de Sandro Joyeux a été diffusé sur RFI, dans l’émission Accents d’Europe, le 21 septembre 2012.

Municipales : l’ombre de la mafia plane sur les mairies italiennes

Le 9 octobre 2012, le conseil des ministres a décrété la dissolution du conseil municipal de Reggio Calabria. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

Le 9 octobre 2012, le conseil des ministres a décrété la dissolution du conseil municipal de Reggio Calabria. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

« Ce que fait un maire? il garantit la légalité et la transparence » clamait Ignazio Marino, le candidat du centre gauche (PD) à la mairie de Rome pendant sa campagne.

Un slogan électoral face à une réalité souvent bien différente en Italie.

Sur les 563 conseils municipaux élus au cours des dernières élections municipales, combien seront-ils dissous pour infiltration mafieuse avant la fin de leur mandat?

Une loi introduite en 1991 permet en effet au Conseil des Ministres de décréter la dissolution de conseils municipaux et autres collectivités locales en cas de soupçon d’infiltration mafieuse.

Depuis l’introduction de cette loi, 234 collectivités locales (conseils municipaux et ASL) ont été dissoutes. Jusqu’à maintenant ces dissolutions concernaient essentiellement des villes du sud de l’Italie – Reggio Calabria en est l’exemple le plus éclatant – mais peu à peu les communes du nord de l’Italie sont elles-aussi menacées.

Mario Monti s’est montré bien plus zélé dans la lutte contre les infiltrations mafieuses au sein des institutions publiques que ses prédécesseurs, relevait en début d’année le sociologue Vittorio Mete, consultant d’Avviso Pubblico, association de collectivités locales et de régions pour la formation civile contre la mafia.

La suite de son analyse dans l’article en pages Internationales du quotidien Ouest-France le lundi 15 avril 2013

Italie : la mafia gangrène des municipalités

Le Conseil des ministres décrète régulièrement la dissolution de conseils municipaux pour infiltration mafieuse. Les tentacules de la pieuvre s’étendent jusqu’au nord, poumon économique. 

Rome.
De notre correspondante

Loin du regard des médias, alors que l’Italie est en pleine tourmente politique post-électorale, le 27 mars, le Conseil des ministres italien a décrété la dissolution des conseils municipaux de deux communes siciliennes (Polizzi Generosa et Mascali), d’une napolitaine (Quarto) et de trois municipalités calabraises (Melito Porto Salvo, Siderno et San Calogero). Motif : infiltration mafieuse, notamment dans le domaine de la gestion des déchets et des appels d’offres publics.

Ces six dissolutions récentes portent à 234 le nombre de collectivités locales dissoutes depuis l’introduction de la loi, en 1991. « On a observé une augmentation des dissolutions, ces derniers mois, sous le gouvernement technique de Mario Monti », relève le sociologue Vittorio Mete, professeur à l’université de Catanzaro. « Certaines municipalités ont été dissoutes jusqu’à trois fois consécutives. La loi sur la dissolution est préventive, pas résolutive», précise l’expert anti-mafia.

L’Italie du Nord aussi

Mais le pouvoir donné au Conseil des ministres de mettre ces communes sous la tutelle de commissaires spéciaux, avant l’organisation de nouvelles élections, révèle quelques limites. « Lorsqu’un conseil municipal est dissous pour infiltration mafieuse, les habitants de ces communes se sentent criminalisés. Ils demandent des comptes, des preuves, des arrestations qui ne sont pourtant pas obligatoires pour que le gouvernement prenne cette décision », explique Vittorio Mete. Les dissolutions sont décidées après enquête d’une commission formée de représentants des forces de l’ordre et d’experts, parfois sur la base de simples suspicions.

« Sans lien avec la politique, la mafia n’existe pas. Il faut donc faire exister une classe politique qui n’ait aucun lien avec la mafia », martelait, de son côté, Andrea Campinoti, président d’Avviso Pubblico, association engagée contre les infiltrations mafieuses, au lendemain de la dissolution du conseil municipal de Reggio de Calabre, en octobre. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

Reste que les infiltrations mafieuses ne concernent pas seulement l’Italie méridionale. « L’opinion publique a été profondément marquée par la dissolution récente de conseils municipaux du Piémont et de Ligurie, souligne Vittorio Mete. Depuis, les autorités se sont montrées plus zélées dans la lutte contre la mafia. »

Les moyens restent cependant insuffisants. Sous l’effet de la crise, les caisses de l’État sont toujours plus vides et les mafias continuent de faire des affaires.

M. A.

Sous les décombres et l’amiante, la plage

Partir à Naples pour faire un reportage de 4 minutes 30 et revenir avec de quoi faire un documentaire de 25 minutes. Frustrant.

Au final c’est cette version qui a été diffusée sur RFI dans l’émission Accents d’Europe du 3 juin 2013, précédée en tapis musical de « O’Vient » du rappeur napolitain Clementino.

J’étais partie pour faire un sujet très simple sur la Città della Scienza qui avait été incendiée le 4 mars dernier, en plein pendant la période « démission du pape – élections législatives », bref dans l’indifférence quasi générale. Mais qui connaissait l’existence d’une Cité des Sciences – dans le style de celle de la Villette – à Naples avant qu’elle ne brule?  Et qui savait qu’elle se situait, non pas à Naples même, mais à Bagnoli, dans une ex zone industrielle en périphérie de la ville, pratiquement inaccessible en transports en commun?

Je ne savais pas. J’y suis allée avec la Cumana et j’ai fini à pied. Apparemment, j’ai respiré de l’amiante et foulé des terres contaminées de métaux lourds. A Bagnoli il y avait une usine Eternit (cf. megaprocès amiante). A Bagnoli il y avait aussi l’Italsider, dont la carcasse des hauts fourneaux git encore au milieu d’un terrain vague, juste aux portes de la Cité des Sciences. L’usine était était propriété des Riva (cf. Ilva de Tarante).

Difficile de raconter tout ça dans un 4’30. Difficile de raconter que la moitié des terrains ont été saisis par la justice et que plusieurs responsables de BagnoliFutura – chargés du développement de ce quartier en pole technologique écologique et d’innovation – ont été placés sous enquête.

J’aurais voulu pouvoir insérer la voix de Luca Recano, interviewé sur le toit de l’université d’Architecture de Naples. Luca est un des activiste du centre social Bancarotta, délogé récemment des bâtiments de l’Italsider.

« On peut formuler beaucoup d’hypothèses concernant l’incendie de la Cité des Sciences. Il y a beaucoup d’intérêts en jeu, mais je pense qu’il faut être prudent. Juste après l’incendie, sans même attendre les conclusions des enquêteurs, de nombreuses voix se sont élevées, avec la position typique, rhétorique, des napolitains eux mêmes. On a dit : c’est la faute de la Camorra, c’est la faute de la criminalité organisée, des intérêts obscurs, on est même allé jusqu’à parler de terrorisme. Comme souvent, lorsque surviennent de tels évènements dramatiques, c’est l’émotion qui prend le dessus et conduit à chercher l’ennemi social, le monstre, en quelque sorte.

Mais les intérêts qu’il peut y avoir derrière l’incendie de la Cité des Sciences, sont peut être bien moins obscurs qu’on le pense, il sont surement bien plus concrets et bien plus ancrés dans la vie quotidienne à Bagnoli »

Bagnoli n’est pas précisément l’endroit où on rêverait d’aller passer ses vacances. Mais certains promoteurs immobiliers sont convaincus du potentiel d’attraction touristique de l’ex-zone industrielle qui donne sur une baie encore préservée, à quelques miles de Capri, d’Ischia et Procida. Le « partito del cemento » ferait pression pour récupérer ces terres destinées  à de grands projets publics. C’est du moins ce dont est convaincu Luca et une grande partie des habitants de la ville, qui ont perdu tout espoir de voir renaitre le quartier en un pole technologique, environnemental et culturel, après la saisie des terrains par la justice, qui enquête sur un possible « désastre environnemental ». L’incendie de la Cité des Sciences a achevé de décourager tout le monde.

Le musée interactif de la Cité des Sciences renaitra-t-il vraiment de ses cendres? Sera-t-il substitué dans quelques années par un complexe hôtelier de luxe fréquenté par les touristes débarqués des énormes bateaux de croisières amarrés dans le port de Naples tout proche? Que faut-il souhaiter à Bagnoli et à sa population, confrontée à une augmentation des taux de cancers et maladies graves dues à la pollution industrielle, à une reconversion industrielle ratée et à un avenir de plus en plus incertain?

Surement pas le silence radio. 4’30 c’était peu, mais déjà pas mal. A suivre.