Municipales : l’ombre de la mafia plane sur les mairies italiennes

Le 9 octobre 2012, le conseil des ministres a décrété la dissolution du conseil municipal de Reggio Calabria. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

Le 9 octobre 2012, le conseil des ministres a décrété la dissolution du conseil municipal de Reggio Calabria. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

« Ce que fait un maire? il garantit la légalité et la transparence » clamait Ignazio Marino, le candidat du centre gauche (PD) à la mairie de Rome pendant sa campagne.

Un slogan électoral face à une réalité souvent bien différente en Italie.

Sur les 563 conseils municipaux élus au cours des dernières élections municipales, combien seront-ils dissous pour infiltration mafieuse avant la fin de leur mandat?

Une loi introduite en 1991 permet en effet au Conseil des Ministres de décréter la dissolution de conseils municipaux et autres collectivités locales en cas de soupçon d’infiltration mafieuse.

Depuis l’introduction de cette loi, 234 collectivités locales (conseils municipaux et ASL) ont été dissoutes. Jusqu’à maintenant ces dissolutions concernaient essentiellement des villes du sud de l’Italie – Reggio Calabria en est l’exemple le plus éclatant – mais peu à peu les communes du nord de l’Italie sont elles-aussi menacées.

Mario Monti s’est montré bien plus zélé dans la lutte contre les infiltrations mafieuses au sein des institutions publiques que ses prédécesseurs, relevait en début d’année le sociologue Vittorio Mete, consultant d’Avviso Pubblico, association de collectivités locales et de régions pour la formation civile contre la mafia.

La suite de son analyse dans l’article en pages Internationales du quotidien Ouest-France le lundi 15 avril 2013

Italie : la mafia gangrène des municipalités

Le Conseil des ministres décrète régulièrement la dissolution de conseils municipaux pour infiltration mafieuse. Les tentacules de la pieuvre s’étendent jusqu’au nord, poumon économique. 

Rome.
De notre correspondante

Loin du regard des médias, alors que l’Italie est en pleine tourmente politique post-électorale, le 27 mars, le Conseil des ministres italien a décrété la dissolution des conseils municipaux de deux communes siciliennes (Polizzi Generosa et Mascali), d’une napolitaine (Quarto) et de trois municipalités calabraises (Melito Porto Salvo, Siderno et San Calogero). Motif : infiltration mafieuse, notamment dans le domaine de la gestion des déchets et des appels d’offres publics.

Ces six dissolutions récentes portent à 234 le nombre de collectivités locales dissoutes depuis l’introduction de la loi, en 1991. « On a observé une augmentation des dissolutions, ces derniers mois, sous le gouvernement technique de Mario Monti », relève le sociologue Vittorio Mete, professeur à l’université de Catanzaro. « Certaines municipalités ont été dissoutes jusqu’à trois fois consécutives. La loi sur la dissolution est préventive, pas résolutive», précise l’expert anti-mafia.

L’Italie du Nord aussi

Mais le pouvoir donné au Conseil des ministres de mettre ces communes sous la tutelle de commissaires spéciaux, avant l’organisation de nouvelles élections, révèle quelques limites. « Lorsqu’un conseil municipal est dissous pour infiltration mafieuse, les habitants de ces communes se sentent criminalisés. Ils demandent des comptes, des preuves, des arrestations qui ne sont pourtant pas obligatoires pour que le gouvernement prenne cette décision », explique Vittorio Mete. Les dissolutions sont décidées après enquête d’une commission formée de représentants des forces de l’ordre et d’experts, parfois sur la base de simples suspicions.

« Sans lien avec la politique, la mafia n’existe pas. Il faut donc faire exister une classe politique qui n’ait aucun lien avec la mafia », martelait, de son côté, Andrea Campinoti, président d’Avviso Pubblico, association engagée contre les infiltrations mafieuses, au lendemain de la dissolution du conseil municipal de Reggio de Calabre, en octobre. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

Reste que les infiltrations mafieuses ne concernent pas seulement l’Italie méridionale. « L’opinion publique a été profondément marquée par la dissolution récente de conseils municipaux du Piémont et de Ligurie, souligne Vittorio Mete. Depuis, les autorités se sont montrées plus zélées dans la lutte contre la mafia. »

Les moyens restent cependant insuffisants. Sous l’effet de la crise, les caisses de l’État sont toujours plus vides et les mafias continuent de faire des affaires.

M. A.

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