Le désespoir des réfugiés érythréens en Italie

(Article Ouest France paru le 2 novembre 2013)

Les 50.000 Erythréens qui ont fui leur pays et trouvé refuge en Italie haussent le ton. Touchés au coeur par la tragédie de Lampedusa, ils demandent le respect du droit international. 

Des réfugiés érythréens ont manifesté dans les rues de Rome le 19 octobre

Des réfugiés érythréens ont manifesté dans les rues de Rome le 19 octobre

« Nous sommes réfugiés en Italie ! » « Nous avons des droits ! ». Dans le cortège d’une manifestation pour le droit au logement à Rome à la mi-octobre, un groupe d’une cinquantaine de réfugiés érythréens scandait ces slogans sans relâche.  « Personne ne nous écoute, nous n’avons pas de maison, pas de famille, pas d’argent, pas de possibilité d’étudier. Mais nous avons des droits et nous allons continuer de nous battre pour obtenir qu’ils soient respectés» expliquait Ikele, un jeune érythréen. Dans la capitale italienne, faute de logements sociaux, les réfugiés sont contraints de vivre dans des squats insalubres ou des campements de fortune et faute de permis de travail ils ne disposent d’aucune ressource financière. La tragédie de Lampedusa, dans laquelle certains de leurs amis ou proches ont disparu, a achevé leur désespoir.

Le 21 octobre, la communauté Erythréenne est de nouveau descendue dans les rues de la capitale. Hommes, femmes, enfants se sont réunis devant le Parlement, alors que se tenait à Agrigento la cérémonie de « commémoration » des 366 victimes du naufrage du 3 octobre. Les funérailles nationales pour les victimes de cette tragédie « sans précédent », promises par Enrico Letta lors de sa visite à Lampedusa n’ont jamais eu lieu. Une simple cérémonie a été organisée à la hâte, en l’absence des cercueils, mais en présence de l’ambassadeur d’Erythrée invité par le gouvernement italien, suscitant peur et colère parmi les réfugiés.

Don Mussie Zerai, fondateur de l'agence Habeshia, est devenu une figure de référence de la communauté érythréenne.

Don Mussie Zerai, fondateur de l’agence Habeshia, est devenu une figure de référence de la communauté érythréenne.

« C’est un contresens ! L’ambassadeur représente les autorités d’un pays que ces migrants ont fui au péril de leur vie !» s’indigne le père Mussie Zerai. Ce prêtre catholique, réfugié en Italie depuis 1992, dénonce les intimidations du régime d’Asmara envers les migrants et l’infiltration d’intermédiaires dans les structures d’accueil des réfugiés dans la Péninsule. « Le régime du président Issaias Afeworki cherche à identifier les migrants. Il faut savoir que des amendes très élevées sont imposées aux familles de ceux qui ont fui. S’ils ne peuvent pas payer on leur confisque la terre, ou on les jette en prison ». « Chaque mois, 4000 personnes fuient vers le Soudan, l’Ethiopie ou vers l’Europe » précise le prêtre catholique qui tient le compte précis des départs et des arrivées. Selon lui, 2.500 érythréens sont morts en mer entre 2010 et 2013 dans des naufrages non recensés. Don Mussie Zerai, a fondé en 2006 une association qui vient en aide aux naufragés. Il est peu à peu devenu figure de référence et porte-voix d’une communauté qui veut aujourd’hui sortir du silence.

Rome, Mathilde Auvillain.

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