Naples : les damnés de la Terre des Feux

Dioxine dans la mozzarella, choux-fleurs fluos et cancers en augmentation. En Campanie, depuis les années 1990, la mafia a traité les déchets par le feu et la population en paie aujourd’hui le prix.

Reportage pour RFI-Accents d’Europe diffusé le 4 janvier 2014

 

 

 

CAPTURE_TERRA ECOReportage à Caivano, publié dans Terra Eco d’avril 2014 – « Cette décharge a été organisée scientifiquement : il y avait un bassin, qui a été asséché et rempli de bidons de produits chimiques venus du nord de l’Italie – il y avait encore les étiquettes sur les bidons retrouvés par les gardes forestiers » explique avec précision Vincenzo Tosti, médiateur social à la retraite. Ce petit homme hyperactif, constamment pendu à son téléphone, dénonce énergiquement depuis des années les déversements clandestins de déchets sur les parcelles agricoles de l’arrière pays napolitain. «La décharge a ensuite été recouverte de débris de chantier, puis une couche de terre arable a été ajoutée par dessus». Ni vu ni connu, ou presque. « C’est ce qu’on appelle le système « biscuit », il est facile à remarquer dans le paysage : comme vous le voyez le champ est un peu surélevé !». Sur ce terrain, dans le passé poussait du chanvre, culture qui a fait l’orgueil et la richesse de la Campanie au début du XXe siècle. Après guerre, cette production destinée à l’industrie textile a été supplantée par l’horticulture. Aujourd’hui, sur ces quelques hectares, quelques pieds de brocolis font de la résistance, s’élevant fièrement au milieu d’une étendue de mauvaises herbes. Le terrain a été décrété impropre à l’usage agricole et placé sous scellés après la découverte de la décharge clandestine, qui a pollué la terre et les nappes phréatiques. Une feuille de papier agrafée à un piquet de bois indique qu’il est même interdit d’accès. Autour, l’atmosphère est lugubre. Le vent siffle dans les ruines d’une maison abandonnée, les hululements de chiens enfermés dans un chenil résonnent sur toute la plaine. A l’horizon, une montagne éventrée par les extractions excessives de minerais exhibe son flanc nu. « La Camorra a bien fait son travail » murmure Vincenzo Tosti.

 

Quelques kilomètres plus loin au pied de « l’Asse Mediano » – fameux axe routier Naples-Caserte dont le ciment et l’asphalte regorgeraient, selon Legambiente, de déchets toxiques enfouis au moment de sa construction– la « Guardia Forestale » effectue une inspection. « Il s’agit d’un simple contrôle de routine » assure l’un des agents, tentant de chasser les curieux. A ses pieds, des douilles de cartouches de carabine recouvrent le sol. Deux ouvriers d’origine étrangère poursuivent impassiblement leur tache élaguant patiemment des plants de fraisiers. A moins de cent mètres de là, un monticule recouvert de végétation barre l’horizon. « C’est une des décharges dans lesquelles les ordures ménagères de Naples ont été entassées, au plus fort de la crise en 2008 » explique Vincenzo Tosti. « Regardez, là ça s’est effondré, on voit bien les sacs plastiques, les boites, les emballages. C’est dégoutant ». Sur le flanc de cette colline artificielle, il montre du doigt des monticules d’amiante, des tas bidons de produits chimiques et de chutes de cuir et tissus synthétique à moitié carbonisés. « Ils viennent déverser ces déchets ici, ensuite ils incendient un pneu pour faire tout disparaître et il se dégage une épaisse fumée noire ». Entre janvier 2012 et aout 2013, les pompiers de la région ont recensé 6.034 incendies clandestins dans 49 communes alentour. « Les incendies sont en général déclenchés le soir, entre 18h et minuit » indique un rapport de Legambiente. Une pratique désormais reconnue comme criminelle, qui a donné son nom à la région : « Terra dei Fuochi », Terre des Feux.

 

Reportage audio pour France Info dans Un Monde d’Info du 9 décembre 2013.

Reportage audio pour France Info dans Un Monde d’Info du 9 décembre 2013

« Antonio, file te mettre à l’abri dans l’Eglise, je t’en supplie! » implore Tina, voyant son fils jouer dehors alors qu’une fumée acre a enveloppé le « Parco Verde », un des quartiers les plus dégradés de Caivano. Il y a quelques mois, la sœur d’Antonio, Dalia, est morte à tout juste 13 ans d’une tumeur foudroyante. Les médecins et sa mère sont formels, la maladie est liée à la pollution de l’air, de l’eau, de la nourriture. « La fumée est blanche, il ne faut pas vous inquiéter, ce n’est que de la paille qui brule. C’est quand elle est noire que c’est dangereux » tente cependant de rassurer un voisin. Tina acquiesce, d’un air résigné. A Caivano, les habitants ont appris à vivre avec ces nuages de fumée. Sur le parvis de l’Eglise, où Don Patriciello, le prêtre de Caivano, s’apprête à célébrer la messe, les langues se délient. « Hier, on a ouvert un instant la fenêtre, parce qu’il faisait chaud. Tout à coup, l’air a commencé à nous piquer les yeux et nous bruler la gorge. On a du refermer tout de suite et se calfeutrer à l’intérieur » raconte une enseignante à la retraite. Le prêtre arrive, escorté par deux gardes. Le combat de « Don Mauro » contre la mafia locale est raconté dans Gomorra, roman de l’écrivain napolitain Roberto Saviano. « Nous sommes ici sur la terre du clan des Casalesi, la Camorra a tout simplement fait son métier ici : ce sont des criminels, ils font du mal. Mais nous vivons en Italie, pays de droit, République, qui a le devoir de protéger ses citoyens. Or pendant vingt ans, cela n’a pas été le cas » déplore le prêtre.

Tout le monde savait, personne n’a rien fait. Les paysans ont eu beau maintes fois porter plainte lorsqu’ils remarquaient l’apparition de décharges clandestines et les traces d’incendies, rarement ces dénonciations ont conduit à des interventions des forces de l’ordre. En 1997, le repenti de mafia, Carmine Schiavone révélait déjà aux magistrats enquêtant sur les déversements illégaux de déchets toxiques, l’ampleur de la catastrophe. Selon lui, la majorité des habitants de la région de Caserte risquaient de mourir de cancer dans les vingt années à venir. « Je ne pense pas qu’ils pourront survivre » insistait l’ex-boss de la mafia des déchets. « A Casapesenna, Casal di Principe, Castel Volturno, ils n’ont plus aucun espoir ». Aucune mesure n’a été prise. Au cours des vingt dernières années le taux de mortalité par cancers en Campanie a augmenté de 40% chez les femmes et de 47% chez les hommes. Pour l’actuel ministre de la santé, Beatrice Lorenzin, cette anomalie s’explique par le « style de vie » des napolitains. « Mais quel style de vie doit on adopter sur une terre où l’air l’eau et la nourriture sont polluées ? » s’interroge le médecin traitant de Frattamaggiore. Luigi Costanzo ne sait plus quoi dire aux quelques 1700 patients dont il a la charge. Il ne peut que constater une augmentation des allergies, des malformations de fœtus, des fausses couches, de l’infertilité et des tumeurs chez de jeunes patients. Il ne peut que continuer à combattre pour demander à ce qu’une enquête de santé publique soit effectuée dans la région et tenter de calmer la psychose qui s’installe et provoque une augmentation de « pathologies psychosomatiques ».

Il est de plus en plus difficile de faire de la prévention, explique le médecin désemparé. Il est aussi difficile de panser certaines plaies. « Personne ne nous a présenté d’excuses pour avoir tué nos enfants, personne ne nous a promis de faire quelque choses pour ceux qui sont encore vivants ou ceux à naitre qui continueront à respirer ces fumées toxiques et à boire cette eau contaminée » s’étrangle la mère d’Antonio, petit garçon de neuf ans et demi terrassé il y a six mois par un cancer foudroyant. A ses cotés, Imma et Tina ont elles aussi perdu un enfant en bas âge, suite à de rares tumeurs. Malgré l’insistance de la population, les autorités sanitaires sont pour l’instant restées sourdes à la demande d’établir un registre des tumeurs. Un tel annuaire pourrait pourtant servir d’arme dans les procès contre les empoisonneurs et permettrait de prendre la mesure du problème, pour y apporter les réponses adéquates.

L’arrière pays de Naples était depuis l’époque romaine appelé « Campania Felix », allusion à la fertilité des terres d’origine volcanique. Pendant des centaines d’années, les paysans y ont fait fortune grâce à la culture des tomates, brocolis, courgettes, chicorée, choux fleurs, des fèves et des poivrons, des oranges, des mandarines, des pommes et des poires exportées dans toute l’Europe, voire dans le monde entier, souvent sur les tables des plus grands. Jusqu’aux années 90, les bufflonnes aux imposantes cornes pouvaient pâturer paisiblement dans des prairies luxuriantes et produire un lait de qualité conférant ce gout unique aux mozzarelles, très prisées par la France qui en importe des milliers de tonnes chaque année.

C’était jusqu’au jour où la mafia a mis la main sur le business des déchets. Les hommes des clans de la terrible et sanguinaire mafia napolitaine ont empoché des millions d’euros pour enfouir des millions de tonnes d’ordures de toutes sortes dans les puits, les grottes, les gouffres, sur les terrains en jachère et dans les carrières désaffectées, contaminant irrémédiablement la terre et les nappes phréatiques. « Dans certaines zones, le pire est encore à venir. Le pic de pollution de la nappe phréatique de Giugliano devrait être atteint en 2064» estime un géologue commissionné par les enquêteurs de la direction antimafia, cité dans le rapport de Legambiente.

Reportage dans le Courrier (Suisse) publié le 1er février 2014

Reportage dans le Courrier (Suisse) publié le 1er février 2014

En 2008, le scandale de la dioxine dans les mozzarelle di bufala avait ébranlé toute l’Europe, menaçant tout un secteur. Le problème sanitaire était déjà lié aux déversements sauvages de déchets toxiques par la mafia. Suite à la promesse du ministère italien de la santé de redoubler les contrôles sur les produits, la Commission Européenne avait aidé à calmer le vent de panique qui avait balayé les marchés.

Si elle n’a pas encore dépassé les frontières italiennes, la psychose couve de nouveau. Effrayée par les mises sous séquestres récentes et répétées de centaines d’hectares d’exploitation agricole – dont un champ à Caivano où poussaient des choux fleurs jaunes-fluo – la population locale a cessé d’acheter fruits et légumes sur les marchés. « Je préfère aller au supermarché. Même si les produits sont importés d’ailleurs, au moins je suis sur qu’ils ont été contrôlés » explique Mario, un père de famille napolitain. Les agriculteurs craignent le pire. Par mesure de précaution, ils se voient interdire d’utiliser l’eau de certains puits pour l’irrigation de leurs champs et doivent les abandonner à la jachère. « Lorsque les parcelles ne sont pas cultivées, c’est là qu’elles deviennent vulnérables. Loin des regards, les criminels viennent y déverser tout et n’importe quoi » insiste l’agronome Crispino Pasquale, à la fenêtre de son imposant 4×4 blanc immaculé. « Les fruits et légumes cultivés ici sont exportés dans toute l’Europe. S’ils étaient contaminés, on constaterait une augmentation des maladies ailleurs, pas ici» se défend le représentant des agriculteurs de la région. Autour de lui, une dizaine de paysans, inquiets de voir débarquer des journalistes dans leurs champs, acquiescent. « Nous ne sommes pas des criminels, si les analyses prouvent que nos produits sont contaminés, nous sommes prêts à tout détruire devant les caméras».

« Cette situation fait soudainement la une des journaux parce que les citoyens se sont réveillés, avant ils ne savaient rien. C’était les institutions qui savaient, les premières enquêtes remontent au début des années 90. La population s’est réveillée quand elle a commencé à mourir !» raconte Vincenzo Tosti.Le 16 novembre, entre 60.000 et 100.000 personnes ont défilé dans les rues de Naples pour protester contre « l’écocide » en Campanie et pour demander des réponses au gouvernement. La mobilisation, d’une ampleur inédite, a été reléguée à la fin des journaux télévisés et les responsables politiques se sont bien gardés de la commenter sur le moment. Mais trois semaines plus tard, le gouvernement d’Enrico Letta adoptait d’un décret-loi introduisant un délit d’incendie de déchets passible de peines de prison, prévoyant dans les 150 jours un recensement des terres aptes à la culture de fruits et légumes et donnant un coup d’accélérateur aux opérations de bonifications, grâce à un nouveau budget de 600 millions d’euros. Le décret prévoit aussi la possibilité d’envoyer l’armée dans les champs, là où cela sera jugé nécessaire par le préfet.

Après vingt ans d’immobilisme coupable et d’omerta, quelque chose commence à changer. Grace à un premier travail de surveillance et de cartographie des parcelles concernées par la pollution effectuée par une cellule spéciale mise en place par les préfectures locales, Legambiente remarque une diminution de la fréquence des incendies criminels ces derniers mois. Sur place, la réponse du gouvernement national est accueillie avec soulagement mais avec une grande prudence. Les habitants restent très perplexes quant aux fonds débloqués pour la bonification. « Ceux qui ont pollué et gagné des millions pour enfouir des déchets vont tout d’un coup retourner leur veste et se présenter pour tout nettoyer » prévient Vincenzo Tosti « Il faut être très attentifs. Et nous serons très attentifs ! ».

 

L’heure de la récolte a sonné

Ce n’est plus la saison de la tomate-mozarella, certes. Mais grâce à la grande distribution, vous pourrez quand même trouver les ingrédients pour mettre du soleil dans votre assiette pendant tout l’hiver.

Terra Eco février 2013

Sauf si vous avez été indignés vous aussi par un reportage de #CashInvestigation sur France 2. Selon la Repubblica, l’émission  sur « Les récoltes de la honte » a littéralement « révolté la France ».

La situation n’est pas nouvelle et malheureusement malgré articles et boycotts, peu de choses changent.

Quelques mois avant la diffusion de ce documentaire, Terra Eco publiait mon reportage dans les champs de tomate des Pouilles et les orangeraies de Rosarno.  « La tomate italienne presse ses forçats africains »

Le 7 septembre 2012,  Radio France Internationale diffusait mon reportage à Gran Ghetto et Boreano (Sud)

Le 25 octobre 2012, la Deutsche Welle mon reportage à Saluzzo, dans le Piémont (Nord)

 

Le  22 mars 2013, France Inter avait diffusé mon reportage audio et publié un reportage multimédia à Gran Ghetto et Rosarno.

 

E il 17 maggio 2013 Internazionale pubblicava il mio reportage  « Sfruttamento Stagionale » nel numero 1000

Reportage dalla Puglia, dove i lavoratori africani vivono nelle baracche e sono pagati poco più di un euro per ogni quintale di pomodori raccolti.

All’uscita dell’autostrada a Foggia decine di camion pieni di casse di pomodori sorpassano ad alta velocità le poche auto che sembrano smarrite.
Tra le distese di colore giallo nella pianura che si estende tra la costa adriatica e le colline del Gargano, i camion lanciati a tutta velocità su strade dissestate sollevano nuvole di polvere.
Quest’atmosfera da far west diventa lentamente più simile alla boscaglia africana. L’asfalto sparisce e lascia il posto a una strada dissestata. Gli ammortizzatori cigolano e le auto sobbalzano.
Due giovani maliani avanzano rapidamente a piedi, passando per i campi, per raggiungere il “Gran Ghetto”. È il nome che i lavoratori stagionali africani hanno dato a una baraccopoli che si trova nel mezzo della Capitanata, la regione agricola nel nord della Puglia. Una vera e propria cittadina, organizzata in baracche costruite intorno a pochi edifici abbandonati. Le baracche sono fatte con cartone, legno riciclato, spago e corda. Durante la stagione della raccolta dei pomodori qui ci vivono tra le ottocento e le mille persone, provenienti in gran parte dall’Africa occidentale.
L’oro rosso da qualche anno ha conquistato le terre della Capitanata. Una coltura molto più redditizia dei cereali che si coltivavano prima. Nella regione si raccolgono ogni anno duecentomila tonnellate di pomodori, che vengono poi trasformati in conserva e salsa e venduti in Italia e all’estero.
L’industria agroalimentare del pomodoro ha un volume d’affari di trecento milioni di euro all’anno. I lavoratori stagionali africani sono pagati 3,5 euro per ogni cassa con circa trecento chili di frutta e verdura, secondo il prezzo concordato con il “caporale”, che incassa un’ampia commissione sul raccolto. Sotto il comando del “capobianco” (il caporale bianco), che è il tramite tra l’agricoltore e l’industria di trasformazione, c’è il “caponero” (il caporale nero) che, grazie alla rete di contatti creata nel corso degli anni, organizza la formazione di squadre basandosi sulle sue conoscenze e sulla capacità di ogni uomo che gli si presenta davanti.
In una giornata di dieci ore di lavoro, un uomo robusto e allenato può riempire al massimo sei o sette casse. Gli stagionali guadagnano quindi in media tra i 20 e i 25 euro al giorno, dai quali devono detrarre circa 5 euro per il trasporto nei campi, 3,5 euro per un panino la sera, 1,5 euro per una bottiglia d’acqua e 20 euro al mese per l’affitto di un materasso in una baracca. “A mezzogiorno gli uomini non si fermano per mangiare. Ogni tanto, se hanno troppa fame, addentano un pomodoro”, spiega Ilaria Minio Paluello, una volontaria dell’associazione Io ci sto, che assiste gli stagionali. Lei stessa viene accompagnata nei campi, di nascosto: “Quando il capo arriva nel campo, i lavoratori devono mettersi sull’attenti e salutarlo. A volte urla ‘Non ho sentito!’ e li costringe a ripetere più forte ‘Buongiorno capo!’”, racconta.

Dopo la giornata nei campi, i lavoratori tornano nelle baracche del Gran Ghetto: materassi sfondati appoggiati sul pavimento di terra battuta, qualche coperta stesa in mezzo alla polvere e vestiti appesi a ili di plastica.
Abdou riposa, è appena tornato da una dura giornata di lavoro. Gli altri, Mady, Bamba, Ousmane si lavano prima di uscire. Bimarlo aiuta la padrona nigeriana di un “ristorante” a uccidere una capra in mezzo alla spazzatura, sotto gli sguardi affamati dei cani randagi. Il sangue dell’animale morto si mescola all’acqua sporca delle docce. I locali che ospitano i bagni sono fatti nel migliore dei casi con quattro pareti di plastica, altrimenti con delle tende appese a dei paletti. Niente tubature, solo un secchio di plastica che prima deve essere riempito alla cisterna. Al Gran Ghetto non c’è acqua corrente né elettricità. Alcuni generatori rombano dietro le “case” dei più ricchi, che fanno pagare cinquanta centesimi per far ricaricare la batteria di un cellulare.
Il campo è stato costruito vicino ad alcuni casolari abbandonati. Spesso sono occupati abusivamente o gestiti da caporali neri. In Italia sono molti i braccianti che vivono in queste condizioni. Secondo l’Istat, il 43 per cento dei lavoratori del settore agricolo lavora in nero, circa 400mila persone di cui una su quattro è in stato di grave sfruttamento. Secondo il sindacato degli agricoltori Flai Cgil, ogni anno lo stato perde circa 420 milioni di euro di tasse su questo lavoro sommerso. “Senza contare che l’assenza di tutele dei lavoratori, pagati meno della metà rispetto al salario medio legale, arricchisce la criminalità organizzata”, afferma un comunicato del sindacato. I caporali, infatti, sono spesso legati, direttamente o indirettamente, alle organizzazioni criminali.

“Fino a prova contraria, siamo un anello essenziale dell’agricoltura italiana. Da sud a nord, sono gli africani che lavorano nelle campagne! Ma le autorità si rifiutano di prendere atto di questa situazione, di riconoscere il nostro ruolo essenziale. Vogliono trattarci come persone di seconda classe”, si indigna l’ivoriano Ibrahim Diabaté, che da anni attraversa l’Italia seguendo le stagioni. Raccoglie pomodori a Foggia d’estate, pesche e mele a Saluzzo, in Piemonte, in autunno, arance e clementine a Rosarno, in Calabria, d’inverno. Più di un anno fa si trovava a Nardò, nel sud della Puglia, quando gli stagionali africani hanno deciso di scioperare.
Per due settimane gli uomini si sono rifiutati di andare a raccogliere i pomodori.
Quando la frutta ha cominciato a marcire sulle piante, i caporali hanno accettato di aumentare un po’ la paga dei lavoratori. Quella stessa estate del 2011, dopo lo straordinario sciopero dei “braccianti”, si è deciso di punire il caporalato introducendo nel codice penale il delitto di “intermediazione illecita e sfruttamento del lavoro”. Punito con una pena tra i cinque e gli otto anni di reclusione e con una multa da mille a duemila euro per ogni lavoratore sfruttato.
L’adozione di questa legge però non ha avuto molti effetti sulle condizioni di lavoro degli stagionali, a causa dell’assenza di controlli e perché gli stagionali, che spesso sono senza documenti, hanno paura a denunciare i caporali. La situazione di questi lavoratori conquista i titoli dei giornali solo in occasione di eventi straordinari, come lo sciopero di Nardò, o gli incidenti a Rosarno. Qui, una sera di gennaio del 2010, un marocchino, un ivoriano e un togolese sono stati colpiti da proiettili ad aria compressa esplosi da un gruppo di abitanti. Il giorno dopo duemila immigrati hanno manifestato nel paese per protestare contro quell’aggressione. Per alcuni giorni ci sono stati scontri tra la polizia, gli immigrati e gli abitanti, che si sono conclusi con il trasferimento dei migranti nei centri di identificazione ed espulsione di Napoli e Bari. Due anni dopo quei fatti, per evitare nuovi episodi di tensione, il governo ha installato una tendopoli nella zona industriale di Rosarno, con acqua ed elettricità. Ignorando completamente le ragioni profonde che avevano spinto i lavoratori immigrati a piegarsi a simili condizioni di vita.

La sera, dopo il lavoro, sotto la sua tenda blu, Babacar Cissé – che lavora a Rosarno e al Gran Ghetto – scrive poesie. Lo stesso fa Ibrahim Diabaté. A Boreano, Zak guarda dvd di cantanti africani. Tra le migliaia di immigrati che lavorano nei campi italiani, molti sono diplomati. Adou ha abbandonato gli studi di sociologia per venire in Europa. Commenta con amarezza: “Ai tempi della schiavitù agli africani venivano messe le manette e le catene, si usava la violenza. Oggi si cerca di rendere le cose meno dure, ma le catene sono sempre lì. Sono le catene del permesso di soggiorno, del lavoro o dell’alloggio. Tutte cose che mancano e che ti rendono asservito”. Con Issouf, Ibrahim e Babacar, migliaia di africani si svegliano tutte le mattine all’alba per andare a lavorare nei campi e nei frutteti della Calabria e della Sicilia. Sono pagati 4 euro per trecento chili di frutta raccolta. Frutta che inisce nei mercati d’Italia e d’Europa a circa due euro al chilo.

(Mathilde Auvillain, Terra Eco, Francia)

Fonte: Internazionale 17/23 maggio 2013, N°1000

La crise, un cadeau à la mafia

usura-11L’Italie subit la morsure de la crise. Ce n’est pas qu’une expression, ce n’est pas qu’une impression. C’est la réalité. Partout, dans le public et dans le privé, les budgets diminuent, l’enthousiasme et la confiance en l’avenir sont au plus bas. Les entreprises ferment, les employés sont licenciés. Les premières victimes de cette crise économique et financière ce sont les petites et moyennes entreprises, terreau de l’économie italienne – troisième de la zone euro.

Même si cela ne fait plus « notizia », chaque jour encore des entrepreneurs désespérés, criblés de dettes ou harcelés par les agences de recouvrement des impôts, choisissent de mettre fin à leurs jours.  Pas de statistiques récentes, le décompte macabre des morts imputables à la crise n’est plus mis à jour. Dans les journaux les chiffres de la crise se résument aux milliards d’euros nécessaires pour couvrir la suppression de l’IMU, aux points de pourcentages de l’augmentation inéluctable de la TVA, au montant du prochain plan de rigueur.

Les chiffres du credit crunch passent inaperçus, pourtant en juillet la BCE observait en Europe une baisse de 3,7% des prêts aux entreprises sur un an. La situation est particulièrement dramatique en Italie, où de plus en plus de chefs d’entreprise, étranglés par la crise, se retrouvent pris aux pièges. Faute de liquidités,  nombre d’entre eux n’ont pas le choix et doivent recourir à des sources de financement illégales pour payer leurs fournisseurs, leurs employés et les taxes réclamées par l’Etat.

« La crise fait un grand cadeau à la mafia » estime Lino Busa, président national de SOS impresa, association qui vient en aide aux entrepreneurs victimes d’usure, dans ce reportage réalisé pour la Deutsche Welle et RFI en décembre 2012, diffusé en janvier 2013. Reportage toujours d’actualité, dix mois plus tard.

pour en savoir plus sur la mafia et la crise, « Usura, il BOT delle mafie » – rapport de l’association antimafia LIBERA publié en octobre 2012

Municipales : l’ombre de la mafia plane sur les mairies italiennes

Le 9 octobre 2012, le conseil des ministres a décrété la dissolution du conseil municipal de Reggio Calabria. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

Le 9 octobre 2012, le conseil des ministres a décrété la dissolution du conseil municipal de Reggio Calabria. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

« Ce que fait un maire? il garantit la légalité et la transparence » clamait Ignazio Marino, le candidat du centre gauche (PD) à la mairie de Rome pendant sa campagne.

Un slogan électoral face à une réalité souvent bien différente en Italie.

Sur les 563 conseils municipaux élus au cours des dernières élections municipales, combien seront-ils dissous pour infiltration mafieuse avant la fin de leur mandat?

Une loi introduite en 1991 permet en effet au Conseil des Ministres de décréter la dissolution de conseils municipaux et autres collectivités locales en cas de soupçon d’infiltration mafieuse.

Depuis l’introduction de cette loi, 234 collectivités locales (conseils municipaux et ASL) ont été dissoutes. Jusqu’à maintenant ces dissolutions concernaient essentiellement des villes du sud de l’Italie – Reggio Calabria en est l’exemple le plus éclatant – mais peu à peu les communes du nord de l’Italie sont elles-aussi menacées.

Mario Monti s’est montré bien plus zélé dans la lutte contre les infiltrations mafieuses au sein des institutions publiques que ses prédécesseurs, relevait en début d’année le sociologue Vittorio Mete, consultant d’Avviso Pubblico, association de collectivités locales et de régions pour la formation civile contre la mafia.

La suite de son analyse dans l’article en pages Internationales du quotidien Ouest-France le lundi 15 avril 2013

Italie : la mafia gangrène des municipalités

Le Conseil des ministres décrète régulièrement la dissolution de conseils municipaux pour infiltration mafieuse. Les tentacules de la pieuvre s’étendent jusqu’au nord, poumon économique. 

Rome.
De notre correspondante

Loin du regard des médias, alors que l’Italie est en pleine tourmente politique post-électorale, le 27 mars, le Conseil des ministres italien a décrété la dissolution des conseils municipaux de deux communes siciliennes (Polizzi Generosa et Mascali), d’une napolitaine (Quarto) et de trois municipalités calabraises (Melito Porto Salvo, Siderno et San Calogero). Motif : infiltration mafieuse, notamment dans le domaine de la gestion des déchets et des appels d’offres publics.

Ces six dissolutions récentes portent à 234 le nombre de collectivités locales dissoutes depuis l’introduction de la loi, en 1991. « On a observé une augmentation des dissolutions, ces derniers mois, sous le gouvernement technique de Mario Monti », relève le sociologue Vittorio Mete, professeur à l’université de Catanzaro. « Certaines municipalités ont été dissoutes jusqu’à trois fois consécutives. La loi sur la dissolution est préventive, pas résolutive», précise l’expert anti-mafia.

L’Italie du Nord aussi

Mais le pouvoir donné au Conseil des ministres de mettre ces communes sous la tutelle de commissaires spéciaux, avant l’organisation de nouvelles élections, révèle quelques limites. « Lorsqu’un conseil municipal est dissous pour infiltration mafieuse, les habitants de ces communes se sentent criminalisés. Ils demandent des comptes, des preuves, des arrestations qui ne sont pourtant pas obligatoires pour que le gouvernement prenne cette décision », explique Vittorio Mete. Les dissolutions sont décidées après enquête d’une commission formée de représentants des forces de l’ordre et d’experts, parfois sur la base de simples suspicions.

« Sans lien avec la politique, la mafia n’existe pas. Il faut donc faire exister une classe politique qui n’ait aucun lien avec la mafia », martelait, de son côté, Andrea Campinoti, président d’Avviso Pubblico, association engagée contre les infiltrations mafieuses, au lendemain de la dissolution du conseil municipal de Reggio de Calabre, en octobre. Événement sans précédent pour un chef-lieu de région, le maire et trente conseillers municipaux ont été démis de leurs fonctions.

Reste que les infiltrations mafieuses ne concernent pas seulement l’Italie méridionale. « L’opinion publique a été profondément marquée par la dissolution récente de conseils municipaux du Piémont et de Ligurie, souligne Vittorio Mete. Depuis, les autorités se sont montrées plus zélées dans la lutte contre la mafia. »

Les moyens restent cependant insuffisants. Sous l’effet de la crise, les caisses de l’État sont toujours plus vides et les mafias continuent de faire des affaires.

M. A.